domingo, 14 de noviembre de 2010

La différence: deux visages d'une même pièce.


Je suis arrivée dans ce pays il y a huit ans. Je n’étais venue au départ que pour deux ans au cours desquels je voulais faire des études. Javais les papiers et un phénotype qui passait sans souci par local, ainsi, « mon parcours devait être facile » me disaient les autres étrangers, sans papiers, ou chez qui la différence raciale était évidente. Ce ne fût pas le cas ; Même si je reconnaît que le passeport est un problème en moins et que le fait d’être semblable aux locaux m’évitait beaucoup de problèmes, j’ai passé plusieurs années de pagaille pour à peine commencer à sentir que je peux me construire une place dans cet univers. 

J’ai appris que la différence est source des difficultés même lorsqu’elle ne se voit pas. Lorsqu’un étranger arrive, qu’il soit perçu comme tel ou pas, il arrive avec son identité dans un contexte, où pour survivre il doit l’effacer, la cacher, et accepter d’être autre chose. Cet apprentissage peut prendre un temps variable selon les personnes, chez moi cela a pris plusieurs années et une dépression grave.

Mais rétrospectivement je vois aujourd’hui que cette résistance à la différence n’est point unilatérale. Lorsqu’on arrive les autres ont du mal avec notre différence, mais nous aussi… nous avons mal de tout ce qui ne ressemble pas à chez nous. De là, la tentation de beaucoup d’étrangers de s’enfermer dans des ghettos qui proportionnent tout ce que le mal du pays nous rappelle ne pas avoir sur place.

Cette difficulté face à la différence me semble être inhérente à nôtre condition humaine. Une fois nous sommes des discriminés la suivante serons des discriminateurs. Notre système cognitif est fait pour discriminer, c’est à nous de domestiquer notre nature pour en faire un outil et pas une arme.

Il y a quelques années, j’ai joui d’une chance merveilleuse, travailler avec des enfants IMC et des autistes, mais cette joie n’est venue aussi vite, le premier weekend d’approche à ces petites personnes a été un choc qui m’a énormément secouée.  C’est le temps qui m’a permis de les connaître chacun avec sa personnalité et ses particularités, c’est le temps qui m’a permis de les accepter en tant qu’êtres humains dont j’avais beaucoup à apprendre.

La pitié face au handicap construit un mur, dans la pitié la différence n’est pas que la différence, la différence est désavantage, la différence est culpabilité, la différence est injustice et lorsque ce mur s’érige le partage et le contact devient froid, lointain, et faux.

Lorsqu’on réussit à voir la différence comme une complémentarité, le contact devient un échange d’égal à égal chacun avec ses particularités.

Mais il ne s’agit point d’effacer la différence car elle est source de richesse, de conflit et d’évolution. Je pense maintenant à la différence entre les sexes, comment sous prétexte d’un idéale légitime comme l’égalité des droits entre les femmes et les hommes on veut nous faire croire que nous sommes égaux… Pour moi en tout cas il est évident que la différence existe, et le problème ce n’est pas la différence en soi, c’est ce qu’on en est capable d’en faire.

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